L'écriture automatique

 

Pratiquer l’écriture automatique consiste à rédiger un texte dicté par une nécessité interne, le subconscient par exemple, sur lequel nous ne devons exercer aucun pouvoir. Nous ne devons ni choisir le sujet du discours, ni choisir les mots, ni intervertir l’ordre de ces mots dans la phrase, ou des phrases dans le texte. Une fois le texte écrit, il reste à tâcher d’en découvrir le sens. Celui-ci est, selon les surréalistes, porteur d’un message que nous n’aurions pas pu libérer autrement et qu’il s’agit de connaître et de comprendre soi-même totalement.

“On vide son esprit,
On laisse jaillir les mots spontanément,
On laisse parler le langage, s’opérer une sorte de dictée de l’inconscient,
On transcrit strictement ce qui apparaît dans la conscience claire”.

Buts de l’écriture automatique

Il est nécessaire de préciser que la pensée automatique n’est ni pauvre ni répétitive, signes d’une grande misère psychologique; elle est au contraire une incitation à l’expression de l’inconscient de l’être. Ce que Breton et ses amis recherchent dans cette expérience, c’est à découvrir une autre langue, susceptible de mieux rendre compte de la vérité de l’être et de sa richesse. Mais cette langue existe déjà ou, plus exactement il existe un discours qui jamais ne peut se libérer de toutes les censures qu’exercent sur la personne le monde extérieur et l’individu lui-même. C’est donc ce texte qu’il s’agit maintenant de publier.

Caractères de l’écriture automatique

Alors que, dans la langue “classique”, c’est la pensée qui donne au discours sa forme, l’inverse se produit dans al pratique de l’écriture automatique où le signe précède la sens. Il résulte de ce phénomène que le texte peut provoquer sur le lecteur des réactions qui vont de l’étonnement à la surprise jusqu’à l’émerveillement.
Le deuxième caractère de cette démarche est qu’elle est accessible à tous. Elle peut déboucher sur la prise de conscience d’une capacité des êtres à révéler leur propre richesse intérieure et, partant, leur pouvoir.
Enfin, le troisième effet de cette pratique est qu’elle permet une révélation de soi à soi-même. Elle permet aussi, par le désir qui la sous-tend (désir de connaissance), d’aller au-delà des apparences limitées du “visible”, d’opérer cette “dé-réalisation” dont parle Ferdinand Alquié, et qui a pour effet de projeter sur les objets extérieurs un autre regard propre peut-être à révéler leur intimité, à mieux en rendre la vérité profonde.

Techniques de l’écriture automatique

Sur un exemplaire des Champs magnétiques Breton a écrit des notes éclairant la pratique de l’écriture automatique. Il constate d’abord que le doute peut naître sur la valeur, l’authenticité de phrases produites dans le demi-sommeil évoquées dans le Manifeste du surréalisme à l’exception de quelques-unes.
Trouver le moyen d’une expression totalement gratuite de le pensée pose évidemment certains problèmes, et si Breton a choisi Soupault pour cette expérience, c’est parce qu’il avait remarqué chez lui un don de gratuité réel. Il dit en effet:

“Rien dans sa poésie, dans sa conversation, dans ce que j’apercevais à cette époque de sa vie ne me donnait à craindre qu’il eût un but c’est-à-dire autre chose que des moyens”.

Les difficultés rencontrées

La mise en oeuvre du projet d’écriture par cette méthode fait surgir bien des problèmes, et parmi eux :

- Comment échapper à l’influence des mots, des phrases déjà transcrites quand on veut en transcrire de nouvelles ?

On ne peut que difficilement, d’une séance d’écriture à une autre, occulté ce qui a été dit ou pensé. Alors comment reprendre l’exercice sans l’influence du souvenir, dans un état de virginité absolue de l’esprit ?

- Comment rompre tout à fait avec le monde environnant, préoccupation habituelle de l’esprit ?
- Comment se libérer de toutes les formes de la censure, ce qui demande un effort très grand, un contrôle social et personnel que l’on n’est pas accoutumé à produire ? Ces difficultés faisaient dire à Breton que, finalement, il est bien plus facile de s’exprimer selon le système de pensée contrôlée que selon celui de la pensée automatique.
- Comment, enfin, être sûr de la valeur du message automatique autrement qu’en passant par la surveillance de la pensée consciente, ce qui est à priori impossible, voire absurde, puisque précisément c’est de cette manière que la démarche tend à se libérer ?
On comprend mieux ainsi quels problèmes pouvaient se poser à Breton quant au choix d’un partenaire de travail et quant à la mise en oeuvre globale de l’exercice.

C’est ainsi que pour rédiger Les Champs magnétiques, certaines conditions sont posées.
Il faut déterminer une vitesse d’écriture en conformité avec l’atmosphère du passage. Il faut absolument conserver les règles de la syntaxe, faute de quoi seraient réduits à néant les “mots en liberté, les futuristes”.


Les résultats

Les textes élaborés selon cette méthode posent, eux aussi, de nombreux problèmes.
Les “oeuvres” ainsi obtenues sont confrontées avec un” corpus” littéraire déjà existant et elles se noient dans un ensemble où elles n’ont rien à faire. Pourront-elles être perçues pour ce qu’elles sont vraiment, dans leur originalité ?
La présentation finale du texte exige de passer par une mise en forme plus ou moins fidèle. Breton, conscient de cette nécessité, et des questions qu’elle soulève, déclare dans une lettre à Roland de Renéville:

“Nous n’avons jamais prétendu donner le moindre texte surréaliste comme exemple parfait d’écriture automatique. Même dans le mieux “non dirigé” se perçoivent, il faut bien le dire, certains frottements… Un minimum de direction subsiste, dans le sens de l’arrangement du poème”.